LA PHILOSOPHIE BRUNIENNE
Infinité de l'Univers et infinité de Dieu
 
 

Parmi les textes les plus représentatifs de la philosophie cosmologique de Giordano Bruno se trouvent le Souper des Cendres et De l'infini, de l'univers et des mondes qui développent son idée anti-géocentrique d'un univers infini et de la pluralité des mondes.

Sa cosmologie visionnaire, dans une période où Copernic esquisse à peine son héliocentrisme, annonce ce que sera plus tard la théorie de Kepler et les fondements de l'astronomie moderne.

 

1 - Bruno en croisade contre l'aristotélisme médiéval

Giordano Bruno se place en fervent défenseur du néo-platonisme contre les idées rationalistes et empiriques d'Aristote. Il s'oppose à sa philosophie naturelle et à la connaissance par les sens dont il s'acharne à prouver l'absurdité. Choquant les penseurs de son temps encore sous le joug d'une pensée universelle conforme à l'idée chrétienne, Bruno n'hésite pas à réfuter complètement la conception aristotélicienne d'un monde clos alors même que l'Église y puise son explication de la foi et ne tolère aucun écart à cette idée. N'oublions pas qu'à cette période, tout ce qui n'est pas issu d'Aristote ou qui tend à renverser sa philosophie est immédiatement placé au rang d'hérésie.

 
La version officielle décrit l'Univers comme un disque placé au centre d'une sphère céleste sur laquelle tourne le soleil et où sont fixées la lune et les étoiles. L'Homme est la seule créature de Dieu. A cette vision " précaire ", Bruno répond qu'un "nombre infini de soleils existent ; un nombre infini de terres tourne autour de ces soleils comme les sept planètes tournent autour de notre soleil. Des êtres vivants habitent ces mondes".
 
2 - De l'infinité des mondes et de Dieu

Entêté et audacieux, Bruno attaque, arguant que "qui nie l'effet infini, nie la puissance infinie".

 

Alors que Copernic annonce sa théorie de l'héliocentrisme selon laquelle les sphères célestes, dont la Terre, tournent autour du soleil, centre de l'univers, Bruno va plus loin. Le philosophe admet le mouvement de la Terre mais si Copernic parle de la sphère des fixes (les étoiles) comme d'un élément immuable et statique, Bruno explique qu'il s'agit d'une illusion produite par la rotation de notre planète.

 

Ainsi, il réfute l'idée d'une cosmologie finitiste à laquelle Copernic restait attaché et expose sa conception d'un univers infini. Il vide en quelque sorte les théories de Copernic de ce qui leur restait de l'influence aristotélicienne et pousse l'héliocentrisme jusqu'à l'idée d'une infinité des mondes où l'homme n'a pas l'exclusivité.

 

Il répond aussi au géocentrisme chrétien, plaçant l'homme au centre de l'Univers, par un relativisme audacieux pour son époque : "Il n'y a pas de haut ni de bas, pas de disposition absolue dans l'espace. Il n'y a que des positions relatives aux autres. Partout il y a un incessant changement de positions relatives à travers l'Univers et l'observateur est toujours au centre des choses".

 
 
3 - Le philosophe animiste

À sa théorie sur les mondes innombrables, Bruno ajoute l'idée que la nature est régie par des "esprits". Selon lui, chaque chose, objet, élément animé ou non est doté d'une âme : "Il n'est pas de réalité qui ne soit accompagnée d'un esprit et d'une intelligence".

 

S'opposant au déterminisme d'Aristote et à la conception catholique, Bruno explique que l'âme est un principe actif et interne assurant l'harmonie, que "c'est elle qui gouverne, meut, vivifie, maintient et contient". Il ajoute dans La cause, le Principe et l'Un son idée d'unité : "l'âme de l'homme et celle des bêtes ne font qu'un, elles ne diffèrent que par des dispositions extérieures". Cette âme, identique et présente dans tout élément vital ou non, est celle du monde qui possède son propre intellect et qui apparaît comme le principe de la nature

 

Contre l'idée aristotélicienne de la divisibilité de la matière jusqu'à lui faire perdre sa réalité, Bruno avance la thèse selon laquelle "l'univers infini suppose l'existence d'une matière constituée d'atomes insécables".

 

Mais ce n'est pas tout, Jacques Attali voit en lui un véritable pionnier de l'atomisme, l'ancêtre de Mendeleïev, un visionnaire de la science génétique lorsque le philosophe écrit en 1590 qu'il "n'est pas nécessaire qu'il y ait beaucoup de sortes et de formes d'éléments infimes, comme du reste de lettres non plus pour former d'innombrables espèces".

 
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